La série présentée par Léopoline HUGO à SOURCE 13 Gallery, s’inscrit dans la permanence d’une inspiration fondée sur un sentiment profond d’appartenance à un pays et à sa lumière.
Il traduit la représentation constante d’un vaste paysage horizontal, à la fois unique et toujours différent. Aucune réalité photographique. L’intériorisation, le souvenir, la réflexion recréant sans cesse le sujet. Antérieurement traité au fusain en grand format, les gris et les noirs y accordaient leurs nuances aux immensités mélancoliques de lieux où ne luisait qu’un blanc interstitiel.
Si la couleur est entrée dans la palette de l’artiste grâce à l’utilisation du pastel sec, si les formats se sont réduits, la sensation d’espace et d’identité demeure. Le paysage est surpris au moment précis de la disparition du jour, traversé par de fugaces traces lumineuses. L’urgence de la captation de ce moment et de sa traduction n’est entachée d’aucun réalisme, laissant le spectateur libre de son émotion devant la fugitivité du temps et la fragilité des apparences.
D’autant plus surprenante et dichotomique paraît, dans ce contexte, l’apparition verticale des arbres, réduits à la nudité de leurs troncs parfois doubles. La beauté du hêtre pourpre de la place de la République à Strasbourg est le déclic de cette nouvelle recherche, mais le peintre ne reste pas prisonnier du modèle.
Dressé contre le vide, le tronc, double ou non, dessine un nouvel espace, invente un rapport inattendu entre le vide et la matière, la verticalité et la lumière. Nous y retrouvons tous les éléments propres à la démarche de ce travail. Quoique contradictoire en apparence, la continuité d’inspiration est réelle.
Ainsi l’artiste parvient-elle à accéder à quelque chose de l’essentiel dans la représentation du paysage à un instant donné et parallèlement à procéder à la tentative personnelle de concilier ce qui relève de l’intime – la perception du paysage avant son enfouissement dans la nuit – et ce qui relève de l’infini, à savoir l’appréhension du vide de l’espace par la lumière.
Pia JUNG
Février 2009

